{ Lifestyle no°6 }  » Vous n’aurez pas ma haine »

Je crois que je me souviendrai toujours de cette soirée. J’étais chez moi, tranquille, comme tout vendredi soir en fait, sur Youtube, à me réjouir d’être en week-end malgré mon premier partiel de mi-semestre de kanji qui arrivait. La vie d’une étudiante en L1 Japonais à Paris tout ce qu’il y a de plus normal. Mon portable vibre, un message de ma soeur. Je le déverrouille et là, je ne sais, je pense qu’il s’agit d’une blague au début. En fait, je l’espère surtout.

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Source: leparisien.fr

 » Louise, il y a des attaques terroristes à Paris. »

Et là, c’est le début d’une soirée qui est horrible, bien que je sois chez moi, en sécurité. Il devait être 21h30. Directement, je transmets l’information à mes amis, informations que ma soeur me transmet au fur à et mesure, avant de me rappeler qu’une personne de ma fac se trouve au Stade de France. Je tente de l’appeler je ne sais combien de fois. Je l’ai eu au téléphone à 23h30, et fonds en larme dès qu’il répond avant de devoir lui annoncer quelles horreurs se déroulent. Bien sûr, j’appelle mes parents, mes grands-parents, de la famille, avec cette voix cassée mais qui tente d’être rassurante. Mon portable vibre non stop, avec des messages dans presque toutes les langues que je connais. Des personnes à qui je parle plus ou moins régulièrement, voire jamais, me demandent comment je vais.  » Je vais bien. Je suis en sécurité même si je suis choquée. » Voilà ce que je réponds le plus souvent. Inutile de dire que je pleure plus que tout, que je me sens seule et que je suis impuissante face à ce qui se passe dans les rues de cette ville que j’aime tant, dans cette salle de spectacle. J’ai peur et encore, je ne peux imaginer ce que ceux qui sont face aux terroristes ressentent.
A minuit, je me connecte sur le direct de France 2, les yeux déjà bien rouge, bien que ce soit le début. Ma rue est tellement calme, ce qui me fait bizarre étant donné que nous sommes vendredi. Seules les sirènes de la police brisent ce silence horrible.

Cette nuit-là, je suis restée éveillée jusqu’à 3h du matin. Le direct s’est terminé à 2h mais je ne pouvais pas aller dormir après de telles images. A ce moment-là, on remercie « Le Jour où tout a basculé » d’être sur Youtube.

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Source: Monipag.com

Le lendemain, on devait rester chez soi. Paris était devenu la ville d’une chasse à l’homme géante. Je suis simplement sortie acheter deux trois trucs à la pharmacie qui est a 2min à pieds de chez moi. Je vois encore le regard de la pharmacienne. Je suis ensuite allée acheter le journal au kiosque qui est à 5min à pieds. Tout est fermé, les rues vides et le peu de personne que je croise ne sont que des ombres tristes. Le dimanche me parait tout aussi long, à suivre les nouvelles et à rassurer mes proches. Le lundi, quand je suis allée à la fac pour la minute de silence, mon coeur s’est encore plus déchiré. Parmi les nombreux victimes, une était de ma fac. Nous avons eu un discours de la présidente de la fac, du directeur du département de la victime puis la minute de silence. Comment retenir ses larmes quand on entend celles des autres? L’air de rien, encore maintenant, cette scène, du hall de ma fac noir de personnes habillées en noir me noue encore la gorge. Je me souviens aussi de ce  » ça va? » qu’on échangeait avec mes amis, un « ça va » qui est insignifiant. Non ça ne va pas vu ce qui s’est passé, que tout semble irréel, mais oui ça va car, putain, on est en vie.

On est en vie alors il faut en profiter. Jamais je n’ai eu autant envie de vivre après les attentats, cette niaque de profiter de chaque instant. La vie est belle et risque de s’arrêter à tout moment, plus ou moins tragiquement. Je ne sais pas pourquoi mais rapidement, après le choc passé, je n’ai pas voulu arrêter de vivre par la peur de me faire descendre avec froideur par un terroriste. Pourquoi? Pour la simple et bonne raison que nous avons tout autant de chance, même plus, de mourir écrasé par une voiture, en sortant en bas de chez et nous n’avons pas pour autant peur de sortir de chez nous. Plus largement, la peur nous empêche de vivre. On pourrait passer notre vie à avoir peur de tout. De mourir écrasé, noyé, par exemple. Une vie qui n’est pas vécue est une vie triste. La vie mérite d’être vécue.

Tout ce qui se trouvait autours de moi semblait plus beau, tout semblait être un petit coup de pouce pour dire « Ca va aller ».  Je me suis également rappelé que la vie n’est pas que des choses matérielle ou de vivre dans le futur, de poser plein de condition en se disant « je vivrai à ce moment-là ». La vie, c’est profiter, rire, faire des erreurs, tomber mais surtout se relever. La vie, c’est de sourire, de se donner à son dans ce qu’on fait, dans nos passions, ce dans quoi nous avons foi, sans  nous oublier et oublier ceux qu’on aime. Même pas une semaine après, c’était l’anniversaire d’une très bonne amie et nous sommes allés, presque comme si de rien était, manger au McDo dans le 11ème car, tristement ou heureusement, la vie continue. Paris a changé, a mis du temps avant de laisser Noël arrivé mais Paris reste Paris avec ses défauts comme ses qualités. En mars, ma soeur a été diplômée et lors de la cérémonie, ils ont rendu un hommage aux victimes de Paris avec Imagine de John Lennon. J’avais la gorge plus que serrée.

En un an, entre le 13 novembre 2015 et le 13 novembre 2016, beaucoup de choses ont changé dans ma vie. J’ai pris un an de plus, j’ai réussi ma première année, j’ai travaillé, je suis partie à l’autre bout du monde,  j’ai aussi eu des doutes, des hésitations, des peurs. Mais surtout, j’ai profité de chaque moment comme je le pouvais car je savais que tout pouvait s’arrêter à n’importe quel moment, sous les balles d’un terroriste comme en sortant de chez moi en me faisant renverser.

Ce qui s’est passé est tragique, horrible et restera longtemps dans ma tête avec ce ressenti d’une étudiante de 18 ans qui veut juste vivre. Cependant, il ne faut pas oublier que la vie vaut d’être vécue avant tout et qu’il ne faut pas avoir peur de tout au point d’avoir peur de sortir. Et comme l’a dit Malraux, la vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie.

Courrez, riez et tomber avant de vous relever et de courir une nouvelle fois.

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Vivez ❤

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